Un cancer, sinon rien

Attention, cette substance contient du formaldéhyde, un agent potentiel du cancerDécidément, pas un mois ne se passe sans qu’une nouvelle polémique autour de la cigarette électronique n’éclate, suite, généralement, à la révélation de nouveaux résultats d’études plus ou moins sérieuses. Les attaques s’enchaînent, les gros titres se succèdent à coups de cancer, de substances toxiques, de risques pour la jeunesse, de passerelle vers le tabagisme. L’interdiction guette, on veut la peau de l’ecig avant de l’avoir vapée.

On se souvient de l’article publié au mois d’août 2013 dans le magazine 60 millions de consommateurs qui titrait « Pas si inoffensive, la cigarette électronique », agrémenté d’une accroche racoleuse:

Les cigarettes électroniques peuvent émettre des composés potentiellement cancérigènes en quantités significatives.

C’est bon, le mot cancer était lâché, l’ecig était jetée en pâture dans un magazine que l’on a généralement envie de croire. Le magazine n’avait ensuite pas tardé à revoir sa copie et admettre que leur protocole de test était inadapté, mais le mal était fait: l’association de la cigarette électronique et du cancer était faite.

Cette fois, il s’agit d’une étude publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM) intitulée Hidden Formaldehyde in E-Cigarette Aerosols. Une fois de plus le cancer rôde, dissimulé dans le formaldéhyde que contiendrait la vapeur d’e-cigarette lorsque le liquide est chauffé à une température qui n’est que rarement atteinte dans le cadre d’une utilisation normale.

Qu’est qu’une utilisation normale? Prenons un exemple de la vie courante: la voiture. Rouler à 130 km/h sur l’autoroute est un exemple d’utilisation normale d’une voiture. Allez, 140 km/h, ça passe aussi, en faisant gaffe aux radars. Rouler à 300 km/h à contresens sur l’autoroute est un exemple d’utilisation anormale d’une voiture. Et dans ce cas précis, la probabilité d’y rester est assez élevée. Imaginez maintenant, lors de l’apparition de la voiture, au moment où elle a été inventée, si des chercheurs avaient publiés des études alarmistes titrant « La voiture potentiellement dangereuse pour l’homme » et relatant à demi-mot des conditions d’utilisation anormale. La conclusion aurait été sans appel: la voiture est dangereuse pour l’homme, il faut l’interdire!

Le parallèle peut paraître quelque peu tiré par les cheveux, mais pas tant que ça. Leur point commun est qu’ils sont tous les deux, la voiture comme la cigarette électronique, les marqueurs d’une période de rupture technologique, intervalle de temps où une invention révolutionnaire voit le jour et suscite à la fois peur et fascination. Pour l’e-cigarette, la rupture technologique est évidente (pas pour tout le monde, hélas): d’un côté nous avons le tabac et ses 4000 substances toxiques dont une cinquantaine sont cancérigènes. De l’autre, nous avons la cigarette électronique et une seule substance suspecte et encore, dans le cas d’une utilisation anormale. A vous de choisir. Certains non-fumeurs ennuyeux et un peu aigris rétorqueront: « ne pas fumer c’est encore mieux, et c’est juste une question de volonté, gnagnagna ».

Les réactions à cette étude ne se sont pas faites attendre et ont été très nombreuses. Peter Hayek, directeur de la division sur le tabagisme à la faculté de Médecine et de dentisterie de Londres souligne que :

Quand les fumeurs de cigarettes électroniques surchauffent le liquide cela produit un goût âcre désagréable, ce qu’ils évitent de faire.

Le protocole expérimental a également été vivement critiqué, comme c’était déjà le cas pour l’article publié par 60 millions de consommateurs. Notamment, la valeur de la résistance utilisée dans le clearomiseur n’a pas été mentionnée, alors qu’il s’agit d’un élément essentiel pour déterminer la puissance. En effet, l’article parle de tension variant de 3.3 à 5 V, mais sans la valeur de résistance, il est impossible de connaître la puissance. Or, c’est la puissance et non la tension qui conditionne la potentielle formation de formaldéhyde lorsque l’on chauffe le e-liquide. Une notion d’électronique élémentaire pourtant, mais les auteurs sont médecins… Une critique complète et argumentée de cette étude est disponible sur le site ma-cigarette.fr.

Le nombre d’études publiées chaque mois est un signe que la cigarette électronique suscite un intérêt important. Il est cependant regrettable que certaines de ces études approximatives bénéficient d’une couverture médiatique qu’elles ne méritent pas. Espérons que la peur du cancer ne découragera pas les fumeurs qui se posent actuellement la question de passer à la cigarette électronique.

 

Posted in Actu e-cig.

One Comment

  1. Pingback: La cigarette électronique selon Paul Hofman - Nouvelle Vape, le blog

Laisser un commentaire